• 27 le grand saut

     

    27Le grand saut

    Nous n’étions pas  les seuls  ce matin là à partir. Les uns après les autres les bateaux quittaient le mouillage, d’autres s’éternisaient dans de grands adieux, des cornes de brume annonçaient le départ imminent en partance pour la grande traversée. Tous  ceux qui l’ont vécus s’en souviennent encore, c’est un grand moment d’émotion, et un bonheur immense. On pense alors à tous ceux qui sont restés à quai en voyant leurs rêves avortés.

    Puis une fois en mer on se prépare moralement car la route est longue avant de  rejoindre les Antilles et La Martinique pour la plus part, cela ne dure que peu de temps pris par les occupations de la navigation.

    Les alizés étaient enfin là, Thomas mis le cap sur les Antilles et vogue la galère.

    Nous étions en relation radio avec un « routeur » (personne à terre qui suit votre route et vous donne des précisions météos par avance). C’était un ancien marin qui avait fait le trajet plusieurs fois et connaissait bien le lieu et  les caprices de la météo Il nous prévenait quand un mauvais temps allait arriver  sur nous. Comme ça nous avions le temps de nous préparer pour parer au grain. Une chance de l’avoir croisé sur le fréquences de la  radio maritime, sacré Daniel il nous a bien aidé et nous nous sentions un peu moins  seul. Tous les matins à une heure précise nous avions la météo détaillée, quelques nouvelles et même un jour  un certain  21Janvier j’ai eu droit à un « Joyeux anniversaire »  croyez moi quand on est seul au milieu de cet immense océan cela fait du bien au moral.

    Rien de particulier sur ce long trajet, personne en vue, que de l’eau, des vagues de  cinq ou six mètres,  du gros temps une fois à nous obliger à nous enfermer dans le carré tellement il pleuvait et où les vagues remplissaient   d’eau  de mer le Cockpit. Thomas avait calé la barre pour garder le bon cap et était renté s’abriter à l’intérieur. Les instruments  de mesure sur la table à carte comme le radar le G P S  le compas, le renseignait suffisamment sans être mouillé comme uns soupe. Nous avons passés ces trois jours  enfermés dans le bateau à lire, puis le beau temps est revenu.

    Je me souviens d’un moment un jour moi à la barre pendant que Thomas dormait un peu j’avais mis le baladeur avec le casque  sur les oreilles, j’écoutais Johnny avec  son plus bel album «  sang pour sang » et je chantais à tue- tête  « Vivre pour le meilleur…. » En plein océan perdu au milieu de nulle part sans personne pour vous secourir seulement de l’eau à perte de vue, le bruit des vagues et des voiles qui claquent le bateau qui gîte tellement les voiles étaient gonflées. Le bonheur à l’état pur !

    27 Jours sans voir la terre. Cela me rappelle une chanson « cargo de nuit ».

    En tout et pour tout nous n’avons croisé qu’un seul  cargo au loin entre deux creux de vagues de sept à huit mètres( je sais  je suis de Marseille mais là c’était vrai). Durant tout ce trajet  je ne me suis jamais ennuyée, les journées passaient vite entre la pêche, la lecture, les repas et regarder la mer et les vagues au loin, les nuages aussi qui changent au gré des vents. Ce qui fait que lorsque un matin nous avons aperçus  des dauphins nous savions que la terre n’était pas loin car en plein océan nous n’en avons jamais aperçu. Un cachalot une fois seulement.

    Nous nous rapprochions de notre destination mais nous avons changé de cap pour arriver plutôt à Pointe A pitre car j’avais ma meilleure amie qui habitait là-bas. C’est vrai que l’on s’allongeait de quelques miles mais qu’importe nous n’étions pas pressés d’arriver.

    Je dormais bien cette nuit là quand Thomas sur le matin est venu me réveiller.

    Terre !

    La Désirade s’étirait sur notre tribord les cocotiers bordant les plages se rapprochaient de nous on arrivait au port nous retrouvions la civilisation en arrivant au terme de Dix mille miles…(Un peu plus de vingt mille kilomètres en mer.)

    Nous arrivions après  vingt sept jours en mer  sans escale.. On sentait l’odeur de la terre, de l’humus, curieuse sensation que j’ai encore en mémoire.

     Nous aurions dus être heureux d’avoir réussi, mais un sentiment étrange nous avait envahi, voila c’était déjà fini !

    On l’avait fait!

    Ce  rêve venait de se réaliser sans encombres avec de beaux et inoubliables  souvenirs qui ne partiront jamais.

     27 le grand saut

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  • Commentaires

    2
    Vendredi 10 Août à 09:02

    Bonjour Annette oui mais là je n'avais pas d'autres choix, on ne joue pas  avec la santé et surtout avec le cœur lui n'attend pas les secours pendant trop longtemps.

    Si cela avait été une autre maladie  cela aurait pu passer mais là non.

    Hélas les dauphins resteront qu'un beau souvenir car le bateau c'est définitivement fini;

    1
    Mardi 7 Août à 21:34

    C'est l'épisode de ta vie qui va (malgré la suite) rester, je suppose, gravé en toi.  Il n'y a que des coups durs pour t'obliger à abandonner mais je pense que vous avez fait le bon choix. 

    Et je vous souhaite à tous les 2 de revoir des dauphins ....

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