• 13 L'arrivée au cap d'Agde

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    Il se faisait tard, et je commençais à m’inquiéter. Depuis plus d’une heure maintenant je faisais des va-et-vient de l’appartement jusqu’au port à l’emplacement prévu pour Téva. Nous avions fait connaissance avec des personnes  qui  vivaient sur leur bateau et c’est en leur compagnie que je vis apparaître Téva à l’entrée du port. Enfin !

    A mesure qu’il approchait, même si la nuit avait commencé à tomber, il me semblait que  quelque chose n’allait pas. Une longue chaine partant du bout-dehors (petit mât dans le prolongement de l’avant du bateau)  trainait dans l’eau. Les voiles étaient affalées, mais ça c’était normal. A l’entrée dans un port on doit affaler les voiles et rentrer au moteur, sauf en cas de problème mécanique. Pourtant celles- ci me paraissaient ne pas avoir étés ouvertes, toujours attachées serré à la bôme. Cela m’a semblé bizarre mais sans plus.

    Arrivé à quai Thomas me lança une amarre pour que je puisse  arrimer le bateau.

    Il avait l’air très fatigué mais surtout trempé comme une soupe.

     A peine mis le pied à terre le temps de m’embrasser, Thomas remontait sur le bateau pour arrêter le moteur. Il tardait à ressortir pour me dire que le fond du bateau était recouvert d’eau jusqu’au niveau du moteur.

    Je grimpais rapidement pour le rejoindre, une fois dans le cockpit j’aperçus effectivement l’eau dans le carré complètement inondé. La pompe de cale, bien utile dans ces cas-là, aussitôt mise en marche permit d’évacuer efficacement cette eau de mer.

    Ce n’est qu’une fois que tout fut rentré dans l’ordre que Thomas m’expliqua  son périple.

     Lorsque je l’ai laissé au port, le vent ayant commencé à monter, il était allé se renseigner à la Capitainerie pour  consulter la météo. Elle n’était pas des plus favorables mais c’était faisable au vu de la distance  qu’il avait à parcourir.

    S’il avait été raisonnable il aurait renoncé à prendre la mer et m’aurait rappelée, mais hélas ce n’était pas une qualité qu’il connaissait vraiment. Il avait décidé que Téva  repartirait avec lui, un point c’est tout !

    Le problème, c’est que l’embarcation n’était pas vraiment en état de prendre la mer si rapidement. Les voiles attachées serrées à leur place depuis des mois, le génois (voile d’avant) et la grand-voile non vérifiés auraient dues être dépliés et repliés proprement avant de prendre la mer.

    La jauge de gas-oil étant quasiment au maximum, il avait opté pour partir au moteur.

    Vêtu simplement d’une veste de quart et d’un jeans, sans plus, il avait estimé n’en avoir que pour quelques heures vite passées.

    C’était sans compter que les éléments en avaient décidé autrement.

     Ce qu’il croyait être une promenade tranquille se transforma rapidement en une mer de plus en plus déchainée au fur et à mesure qu’il avançait. Mais il était trop tard pour repartir en arrière, sans compter que son orgueil en aurait pris un coup. Quand Thomas décide quelque chose, rien ne peut l’arrêter.

    Le moteur manquait de puissance pour avancer rapidement et arriver dans le temps prévu au Cap D’Agde. Il aurait aimé ouvrir les voiles, manœuvre indispensable pour stabiliser le bateau qui gitait par moments dangereusement et pour le confort et la rapidité de navigation, mais c’était impossible. Défaire la quantité astronomique de nœuds faits par l’ancien propriétaire s’avérait impensable d’autant qu’il ne pouvait lâcher la barre à aucun moment, le vent et les vagues frappant Téva en tous sens sans répit.

     C’est à ce moment-là qu’il comprit vraiment que Téva serait un bateau qui pourrait affronter  toutes les tempêtes avec sureté.

    Sa première approche avec  son «Bébé» fut rude mais riche en enseignements. Pourtant la chance avait été ce jour-là avec lui malgré de gros paquets de mer qui avaient envahi l’intérieur par la descente restée ouverte, durant ce long (par le temps passé) périple, malgré l’eau qui baignait le moteur à cause d’une tuyauterie de refroidissement brisée, malgré cette chaine décrochée.

     Le moteur  de marque Perkins avait  montré sa robustesse légendaire aux pires conditions de marche et je  lui décerne la palme bien volontiers.

    Cette «chaîne» que j’avais vu pendre dans l’eau était en fait un des maintiens entre le bout-dehors, la coque et le mât de la grand voile. Il y avait une à droite, une à gauche et une troisième en dessous. Si une deuxième, du fait du déséquilibre causé par les mouvements brusques de gîte avait cassé, le grand-mât serait tombé, avec tous les dégâts et le danger que cela aurait pu entraîner. Éole, le Dieu des vents  était avec lui ce jour-là.

     Téva nous a montré avec ce «baptême» que c’était un bon bateau et Thomas a compris la chance qu’il avait eue avec cette traversée mémorable. Je crois bien que c’est à partir de là qu’il  a eu une confiance aveugle en l’embarcation qu’il avait choisie.

     Dire que j’ai eu peur en écoutant son récit serait mentir. Non, je dirais plutôt de l’admiration. C’est après plusieurs jours que je repensais à tout ce qui aurait pu arriver. Mon côté optimiste et confiant m’ôtât vite des pensées négatives, me confortant une fois de plus dans la capacité, le courage et la ténacité surtout de Mon Capitaine.

    Cela me fait encore sourire quand j’y repense, mais lorsque son récit fut terminé je me suis dit qu’il avait «dompté la bête», et je crois être dans le vrai. Thomas et Téva ne faisait qu’un on pourrait le comparer avec un cheval et sa monture, le forgeant pas à pas au fur et à mesure qu’il prenait  ses marques. 

    Je m’en suis rendue  compte à plusieurs reprises quand il m’arrivait de prendre la barre pour  que mon Capitaine puisse prendre un peu de repos. Je devais garder un cap bien précis car nous n’avions pas de pilote automatique, mais je ne sais pour quelle raison, sans rien changer, je déviais de quelques degrés ce qui réveillait Thomas dormant en dessous dans la cabine arrière.

     -Qu’est ce que tu fais me criait-il en ouvrant le hublot de la cabine ?

     -Rien, je n’ai rien changé !

     -Si ! Regardes, tu as changé de cap

     Effectivement le cap avait dévié de  quelques degrés.

     Sacré Téva, il ne m’avait pas adoptée, il n’avait qu’un seul maître.

     

     

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  • Commentaires

    2
    Jeudi 26 Juillet à 09:51

    Coucou Toupinette , tout d'abord un grand merci pour tout tes commentaires  sur le blog. Pour répondre à cette question que l'on nous a souvent posée je dirais que non ou si peu. Il avait fait l'expérience sur un tout petit voilier mais guidé par un grand capitaine et les bases qui lui a donné ont été suffisantes pour partir vers le grand large. Il n'est pas nécéssaire d'avoir beaucoup d'expériences mais des bonnes leçons apprises en mer te font comprendre et avancer plus vite. Puis Thomas à   ça dans le sang cela se voit. C'est ce qu'à constaté son "professeur" à l'époque. A croire  qu'il à eu un passé antérieur sur l'eau, ce que je crois fortement; Dans ses moments difficiles où plus d'un aurait perdu le contrôle il à tenu le bon cap sans sourciller ou montrer la peur, il a bien su maitriser le moment. crucial car il y en a eus pas mal. Surtout  avec ce comportement de sureté il m'a mise en confiance et je n'ai pas eu peur. Sa grande hantise  après chaque tempête c'est que  je décide de stopper là notre voyage. Il ne savait pas que j'étais tenace et que ce n'est pas à la première épreuve que j'allais baisser les bras.

    Bisous.

    1
    Mercredi 25 Juillet à 21:44

    Ce que je retiens de cette page Thomas Teva ne faisaient qu'un. Petite question: Thomas avait-il déjà navigué pour t'emmener sur les eaux ....

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